Au-delà du pansement: Débloquer l’innovation dans la santé
Les technologies de santé digitale transforment notre manière de diagnostiquer, traiter et prévenir les maladies. Au Luxembourg, l’innovation dans les technologies de la santé est une priorité stratégique.
Lena Mårtensson
Les technologies de santé digitale entraînent une transformation profonde du secteur de la santé, remodelant des pratiques qui sont restées essentiellement inchangées pendant des décennies.
«L’innovation dans les technologies de la santé permet la transition d’une approche curative vers une médecine préventive, précise et personnalisée», confirme Françoise Liners, directrice des technologies de santé au ministère luxembourgeois de l’Économie.
Cette personnalisation des soins est rendue possible grâce à des outils digitaux qui fournissent des informations basées sur les données, permettant aux médecins de poser des diagnostics plus précis et de recommander des traitements adaptés aux conditions spécifiques de chaque patient. Ils aident également à identifier les problèmes de santé potentiels plus tôt et à suggérer des mesures préventives.
L’innovation dans les technologies de santé permet la transition d’une approche curative vers une médecine préventive, précise et personnalisée.
Françoise Liners, Ministère de l’Économie du Luxembourg
Les technologies digitales aident également les organisations de santé à devenir plus efficaces – une décision cruciale alors que de nombreux pays à travers le monde font face à une pénurie croissante de personnel médical. «Offrir à tous les patients un accès à une médecine personnalisée avec moins de ressources est un défi complexe, mais la digitalisation peut conduire à une solution durable», explique le Dr Liners.
Elle souligne que l’intégration de l’intelligence artificielle dans les technologies, produits ou services de santé accélère encore la transformation. «Ce n’est pas qu’une simple tendance – c’est une révolution qui devrait être centrée sur l’humain.»
Renforcer la confiance dans la santé digitale
La transition des systèmes de santé vers une médecine personnalisée était déjà au cœur lorsque le gouvernement luxembourgeois a choisi les technologies de santé comme piliers de la diversification économique il y a près de vingt ans. En plus de générer de la valeur économique et des emplois, l’ambition était d’avoir un impact positif sur la société luxembourgeoise. Une communauté dynamique d’entreprises de technologies de la santé s’est ainsi développée, se concentrant particulièrement sur les dispositifs médicaux, le diagnostic in vitro et la santé digitale.
Nous devons prendre en compte la préparation et la volonté des professionnels de santé et des patients d’utiliser, d’adopter et de trouver ces technologies utiles, y compris celles alimentées par l’IA. C’est essentiellement une question de confiance.
Françoise Liners, Ministère de l’Économie du Luxembourg
«Ces domaines sont essentiels pour permettre la médecine personnalisée», souligne le Dr Liners. Cependant, disposer de bons outils de santé digitales ne suffit pas à y parvenir. «Nous devons prendre en compte la préparation et la volonté des professionnels de santé et des patients d’utiliser, d’adopter et de trouver ces technologies utiles, y compris celles alimentées par l’IA. C’est essentiellement une question de confiance.»
Naviguer dans les nouvelles réglementations européennes
Pour garantir que les outils de santé digitaux sont fiables et que les données personnelles sont traitées avec soin, l’Union européenne a récemment adopté plusieurs nouveaux cadres réglementaires complétant la législation générale sur la protection des données personnelles. Parmi les acteurs influencés des innovateurs en santé figurent:
- Espace européen des données de santé (EHDS): Mis en place pour créer un cadre sécurisé et harmonisé pour l’échange et l’utilisation des données de santé électroniques entre les États membres de l’UE. Elle facilite l’utilisation primaire des données de santé pour une meilleure prise en charge individuelle, ainsi que l’utilisation secondaire pour la recherche, l’innovation et l’élaboration des politiques.
- Loi sur l’IA: La Loi sur l’IA prévoit des exigences de conformité pour les applications d’IA en fonction de leur niveau de risque. Les dispositifs médicaux habilités par l’IA, considérés comme «à haut risque», doivent se conformer à des exigences supplémentaires en matière de transparence, de gestion des données, d’éthique et de supervision humaine.
- Les réglementations sur les dispositifs médicaux et le diagnostic in vitro établissent également des règles et des processus pour garantir que les technologies ou produits de santé numérique à vocation médicale soient sûrs et efficaces pour les patients.
De la conformité à l’avantage concurrentiel
Naviguer dans le paysage réglementaire peut être complexe, mais il est nécessaire pour les entreprises ciblant le marché européen. «Ma recommandation est d’adopter les réglementations et de comprendre que la conformité apporte de la valeur et contribue à renforcer la confiance des utilisateurs», explique le Dr Liners. Le Luxembourg a mis en place plusieurs mesures pour aider les entreprises de technologies de la santé à se conformer aux réglementations dès le départ.
La filière healthtech du célèbre programme d’accélération de startups Fit 4 Start, ouverte aux participants locaux et internationaux, sensibilise les entreprises à la réglementation dès le premier jour. Cela les aide à prendre en compte les exigences dès le début, plutôt que de les découvrir une fois la solution finalisée et de devoir redévelopper tout ou partie de leur solution pour atteindre la conformité nécessaire.
Ma recommandation est d’adopter les réglementations et de comprendre que la conformité apporte de la valeur et contribue à renforcer la confiance des utilisateurs.
Françoise Liners, Ministère de l’Économie du Luxembourg
Un second programme, Fit 4 Innovation – Healthtech Market, offre aux startups de technologies de la santé établies au Luxembourg l’accès à des consultants experts spécialisés qui peuvent les aider à définir leur feuille de route réglementaire pour un lancement sur le marché européen.
L’investissement stratégique du Luxembourg
Une autre priorité du gouvernement luxembourgeois est de favoriser l’innovation en facilitant l’accès des entreprises à des données de santé standardisées de haute qualité de manière sécurisée, fédérée et interopérable. Les cas d’utilisation des données de santé, tels que les cohortes de patients du Centre national d’excellence en recherche sur la maladie de Parkinson et ceux créés dans le cadre du projet international axé sur la médecine personnalisée des maladies inflammatoires spécifiques, démontrent les solides capacités du Luxembourg à mettre en place des environnements clés de traitement des données.
Tirer des idées et développer de nouvelles applications à partir de grandes quantités de données de santé nécessite une puissance de calcul considérable. Les entreprises peuvent compter sur l’ordinateur haute performance orienté business MeluXina, du Luxembourg, qui sera bientôt complété par un second superordinateur spécialement conçu pour l’IA et un ordinateur quantique.
«Ce sont des investissements majeurs, également soutenus par des fonds européens», souligne le Dr Liners. «Ils témoignent de l’engagement du Luxembourg à devenir d’ici 2030 l’un des leaders de l’économie souveraine des données, en Europe mais aussi à l’échelle mondiale. En catalysant l’innovation, ces investissements contribueront également à positionner le pays comme un pôle européen de la technologie de la santé pour le développement, l’évaluation et l’adoption des technologies de santé digitales sur le marché européen.»
Crédits photo: Luxinnovation/Capsule