IA dans la santé: là où réside le plus grand potentiel inexploité
L’experte en IA en santé Sigrid Berge van Rooijen partage ses perspectives sur l’innovation en santé digitale en Europe lors de la European Digital Healthtech Conference 2026.
Lena Mårtensson
Les dispositifs médicaux digitaux alimentés par l’IA peuvent transformer les soins de santé, mais garantir leur adoption reste un défi. Nous avons parlé avec la consultante en IA de santé Sigrid Berge van Rooijen, qui a animé un panel lors de la European Digital Healthtech Conference 2026 sur les domaines où l’IA dans la santé peut avoir le plus grand impact, ce que l’UE doit faire pour faciliter l’accès au marché des technologies de santé et ce que les startups doivent garder à l’esprit pour réussir.
L’impact de l’IA sur la santé aujourd’hui et demain
Où l’IA fait-elle la plus grande différence tangible pour les patients et les cliniciens aujourd’hui et demain, et où voyez-vous le plus grand potentiel inexploité?
Sigrid Berge van Rooijen: Les outils alimentés par l’intelligence artificielle peuvent faire une réelle différence dans l’administration des soins de santé, par exemple pour automatiser la prise de notes et la prise de rendez-vous des consultations médicales ou pour accélérer les procédures de triage. De tels outils sont déjà utilisés, mais les processus ne sont pas encore entièrement automatisés car les professionnels de santé et les patients ne s’y sont pas encore habitués.
Pour l’avenir, je vois un grand potentiel inexploité pour utiliser des dispositifs médicaux digitaux améliorés par l’IA pour des soins plus personnalisés, comme déterminer le type de traitement optimal pour chaque patient et la prévention de la maladie. Il existe également de nombreuses opportunités dans le domaine des soins à domicile et des soins hybrides, qui allient visites en présentiel à l’hôpital à la télésanté et à la surveillance à distance.
Je m’attendais à ce que ce développement soit bien plus avancé qu’aujourd’hui.
Sigrid Berge van Rooijen
Je m’attendais à ce que ce développement soit bien plus avancé qu’aujourd’hui, mais plusieurs facteurs la ralentissent. Premièrement, de nouvelles façons de fournir des soins nécessitent également de nouvelles approches de remboursement par les systèmes de sécurité sociale et les assureurs. Cela est souvent compliqué à mettre en place, et il est plus facile de continuer à rembourser les rencontres traditionnelles en face à face avec le médecin.
Un second défi est celui de la réglementation. Beaucoup de données de santé sont collectées via des applications et des objets connectés, mais elles ne sont pas transformées en informations pertinentes et en points d’action car dès que vous souhaitez le faire, votre appareil doit être conforme au Medical Device Regulation (MDR), ce qui peut être un processus assez long et coûteux. Je suis clairement pro-réglementation, mais il faut reconnaître que parfois, la nécessité de conformité réglementaire freine l’innovation.
Surmonter la fragmentation du marché des soins de santé de l’UE
Quelle est, selon vous, la conclusion clé issue de l’édition de cette année de la European Digital Healthtech Conference, en particulier du panel que vous avez animé sur la manière dont l’Europe peut prendre la tête dans les domaines de l’innovation, de la régulation et de la compétitivité?
Je pense que l’essentiel est de surmonter la fragmentation actuelle du marché européen des soins de santé, avec différents systèmes de soins et de remboursement dans chacun des 27 États membres de l’UE.
Une observation intéressante faite lors de la conférence est qu’aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA), chargée de protéger et de promouvoir la santé publique, peut émettre des recommandations sur de nouvelles solutions qui éclairent les décisions de remboursement. Je pense qu’avoir un organisme similaire dans l’UE qui pourrait fournir des recommandations serait utile. Il est très difficile pour les hôpitaux et les compagnies d’assurance de suivre à la fois l’évolution des réglementations et les nouvelles innovations qui émergent en permanence, et ils pourraient bénéficier de ce type de directives.
Concilier les normes de sécurité et l’innovation en technologies de santé en Europe
Pensez-vous que l’Europe peut raisonnablement maintenir des normes de sécurité élevées tout en restant un lieu attractif pour l’innovation en santé?
Je pense que oui. L’UE est un marché très vaste et attractif, avec une population largement supérieure à celle des États-Unis, par exemple. Des réglementations européennes telles que l’European Health Data Space, qui donneront aux patients un meilleur contrôle sur leurs données de santé et permettront leur partage sécurisé pour la recherche et l’innovation, la MDR et la loi sur l’IA devraient être utilisées pour aider à lutter contre la fragmentation.
S’il y a une tendance dans cette direction, l’Europe pourra rester attractive pour les innovateurs dans les technologies de la santé.
Sigrid Berge van Rooijen
Une seconde étape serait de trouver des moyens de rendre les systèmes de santé et les parcours de remboursement plus similaires, afin de simplifier l’accès au marché des technologies de santé dans toute l’UE pour les dispositifs médicaux numériques. Cela pourrait faciliter le lancement de leurs appareils d’abord sur un marché – le Luxembourg – par exemple – pour faciliter le lancement de leurs appareils sur un marché – puis de passer à d’autres qui pourraient être similaires.
S’il y a une tendance dans cette direction, l’Europe pourra rester attractive pour les innovateurs dans les technologies de la santé. Cependant, nous n’en sommes pas encore là. Il faudrait le faire étape par étape de manière intentionnelle.
Luxembourg en tant que pôle d’innovation en santé digitale
Après deux jours passés immergés dans l’écosystème local, qu’est-ce qui vous marque dans le Luxembourg en tant que centre d’innovation en santé digitale?
Ce qui me frappe le plus, c’est l’atmosphère collaborative que je ressens ici. Il y a tellement d’acteurs différents dans le secteur de la santé: patients, professionnels de santé, innovateurs, chercheurs, régulateurs, décideurs publics et bien d’autres personnes auxquelles on ne pense pas toujours, comme les responsables informatiques hospitaliers et les chargés achats. Les nouveaux dispositifs médicaux digitaux ne seront adoptés que si le point de vue de chacun est pris en compte. Le Luxembourg fait un bon travail pour les rassembler et offrir un forum pour ces différentes perspectives, comme le démontre la European Digital Healthtech Conference sur les technologies de santé digitales.
Conseils pour les startups de la santé technologique entrant sur le marché européen
Si vous pouviez donner un conseil pratique à une start-up de healthtech qui cherche à commercialiser aujourd’hui un dispositif médical alimenté par l’IA sur le marché européen, lequel serait-ce?
Après cet événement, je te conseille d’aller au Luxembourg! Les startups ont besoin d’un espace où elles peuvent tisser des relations et créer des liens qui les aideront à avancer. Il existe bien sûr d’autres pôles similaires en Europe, mais j’ai remarqué qu’ici, tout le monde semble se connaître et est motivé à travailler ensemble, à la fois dans le pays et au-delà des frontières, pour aider les entreprises à se connecter à de nouveaux marchés.
Comprendre comment votre innovation s’intègre dans l’ensemble du parcours de soins qu’un patient suit et dans le système de santé dans son ensemble est la clé du succès.
Sigrid Berge van Rooijen
Il est également important de choisir un lieu ouvert à l’innovation dans la chaîne de valeur de la santé. Vous devez aussi comprendre où votre innovation pourrait s’intégrer, car un écosystème local peut être ouvert à un type d’innovation mais pas à un autre. Comme cela a été répété à plusieurs reprises lors de la conférence, comprendre comment votre innovation s’intègre dans l’ensemble du parcours de soins qu’un patient suit et dans le système de santé dans son ensemble est la clé du succès.
European Digital Healthtech Conference 2026: Points-clés à retenir
Organisée par Luxinnovation avec le soutien de Medical Valley, la European Digital Healthtech Conference 2026 s’est tenue du 26 au 27 mars au Luxembourg et s’est concentrée sur les facteurs clés de réussite pour parvenir à une adoption réelle de dispositifs médicaux digitaux en Europe qui répondent véritablement aux besoins de santé. Les principaux enseignements de Mme Berge van Rooijen incluent:
- Les outils propulsés par l’IA améliorent déjà l’administration des soins de santé, mais leur plein potentiel en matière de soins personnalisés reste largement inexploité.
- La fragmentation des systèmes de santé européens et des voies de remboursement constitue le principal obstacle à l’accès au marché des technologies de santé.
- Les réglementations européennes (MDR, Loi sur l’IA, Espace Européen des Données de Santé) peuvent aider à surmonter cette fragmentation s’ils sont accompagnés d’approches de remboursement harmonisées.
- L’écosystème collaboratif du Luxembourg et son approche multipartite en font un point d’entrée stratégique pour les startups de la healthtech.
Alors que le Luxembourg continue de renforcer sa position de pôle d’innovation en santé numérique, des événements comme la European Digital Healthtech Conference offrent une plateforme précieuse aux startups, aux investisseurs et aux acteurs du secteur de la santé pour se connecter et échanger des idées. Préinscrivez-vous pour l’édition 2027 afin de faire partie de la conversation.